LES ÉDITIONS GRANOVSKY
NEWSLETTER N°1

 

EDITO

Variation sur la ligne et la forme ou de la nécessité de Rendre 1/24ème de Seconde Eternel

Animer peut nécessiter l’intervention de nombreux artistes qui ont tous en commun le trait. Des premières esquisses au rendu final, chacun a conscience de pratiquer un art éphémère en son essence. Et c’est toute la noblesse de l’Art de l’animation qui apparaît.
Donner l’illusion du mouvement requière beaucoup d’humilité.
De ces traits naissent des formes animées que nous observons sur grand ou petit écran. Le récit fictionnel permet alors le passage à un langage expressionniste, soit à la construction active de la forme.
Réaliser des livres objets permet à chacun de passer du statut de spectateur à celui de visiteur, par un retour à la genèse de l’animation : le trait, souvent mêlé à la couleur. Un appel à activer son imaginaire, cette dynamique entraînant « l’esprit à la divagation (et) par laquelle nos rêves acquièrent une substantialité (…) », selon Gaston Bachelard.
C’est pourquoi nos éditions réduisent le texte au strict nécessaire, pour laisser au lecteur-visiteur tout le temps de se plonger dans les formes et couleurs originelles d’une œuvre animée.
Un livre objet permet de fixer et de s’approprier des éléments de langage, de nature traditionnelle ou avant-gardiste, et de les transmettre sur un support pérenne : le papier, aussi issu du travail de l’Homme.
Au final, un livre objet est un moyen plastique approprié pour que le trait originel devienne Œuvre à part entière.

Aurore LeGras
Editrice et co-fondatrice des Editions Granovsky

 

A LA UNE

A propos de la sortie de PINOCCHIO par Pierre LAMBERT prévue le 2 février 2018

Pierre Lambert propose la sélection la plus exhaustive, la plus rare, la plus prestigieuse et la plus à même de rendre justice à la folle entreprise créative que fut le Pinocchio des studios Walt Disney.
Cet ouvrage hors normes se propose de jouer le rôle de prisme pour décomposer la lumière unie du film en autant de couleurs uniques et indispensables.
Des décors somptueux et débordants de richesse sur lesquels la caméra ne s’alanguit jamais plus que de raison, dictée par l’impératif de la narration, on peut enfin découvrir tous les détails. Les gouaches à la fois douces et intenses de Claude Coats, les embellissements raffinés et débordants d’ingéniosité d’Albert Hurter, les voici dans toute leur splendeur.
Des recherches de Gustaf Tenggren, pour certaines jamais vues jusqu’à lors, on peut admirer l’inventivité et la poésie, et apprécier le cheminement qui a conduit jusqu’au résultat figé sur les celluloïdes.
Des crayonnés d’animation, on peut enfin savourer la vibrante énergie, la vie bouillonnante qui sous-tend chacun des traits décidés par d’authentiques artistes-acteurs, aussi fantasques et généreux qu’humbles et appliqués.
À travers ces pages, c’est l’histoire, en images, de la recherche d’un film, que l’on parcourt. Deuxième long-métrage des studios Disney, Pinocchio est la marque d’une époque de fièvre créative unique, à jamais révolue. Imaginé à la veille de sortie sur les écrans de Blanche-Neige et les sept nains, il constitue, avec Bambi, Dumbo, et Fantasia, l’âge d’or d’un studio lancé dans l’aventure folle de produire des longs-métrages d’animation et plus seulement de « simples » cartoons de quelques minutes. C’est par l’exploration de cette somme picturale, de recherches, décors, cellulos, cette richesse d’influences diverses, de culture artistique, qu’il est possible de prendre conscience de l’ampleur de l’ambition de Walt Disney à vouloir repousser toujours plus loin l’horizon d’un medium auquel il avait déjà donné ses premières lettres de noblesse.

Basile Béguerie pour Les Editions Granovsky

Rendez-vous sur
www.leseditionsgranovsky.com/Products.aspx?f_product=3

COLLECTION GUILLERMO DEL TORO

 

REGARD SUR

Orly début Mars 1935
Quand le passé annonce le futur

Les grands arbres du parc se courbent légèrement sous le vent de fin d’hiver.
Les bourgeons des marronniers sont déjà largement ouverts dans la douceur prometteuse de cet après midi ensoleillé.
Les graviers de l’allée qui mène au château frémissent sous les roues d’une berline blanche.
Devant un perron à trois marches, elle s’immobilise souplement. Le chauffeur en descend, prestement ouvre largement la portière arrière. Un homme couvert d’un chaud manteau et d’un chapeau élégant pose pied à terre. Il s’immobilise un instant portant un regard attentionné à la façade de cet ancien relais de chasse du XVIIIème.
Une fine moustache surplombe son sourire. Il s’avance vers le perron, gravit les marches et tire la chaînette d’une cloche tintant légèrement. Quelques instants et la porte vitrée s’ouvre. Habillé d’une robe de chambre en soie, barbe pointue, regard vif l’homme tend vigoureusement la main à son hôte.
Longuement, chaleureusement les mains de Walt Disney et de Georges Méliès se serrent en amples mouvements. Georges s’efface pour laisser Walt pénétrer dans ce qui sera la dernière demeure de l’inventeur du spectacle cinématographique.
Georges demande à Madeleine, sa petite fille, de leur servir quelques boissons.
Dans le salon du rez-de- chaussée, de profonds fauteuils font face à la cheminée où de belles bûches crépitent, lumineuses.
Installés, Georges et Walt ne se quittent pas des yeux.
Georges s’exprime parfaitement en anglais. L’un comme l’autre attendait cet instant, ne se connaissant que par l’intermédiaire des images, écrits ou des dires.
Walt ne cache pas son admiration pour le créateur de la magie cinématographique et avoue que son œuvre a largement influencé sa volonté de créer lui aussi du rêve et de l’illusion au travers de l’image animée.
-Walt, qu’êtes vous venu faire en Europe ?
- J’ai de grands projets que je veux créer à partir de références culturelles et artistiques puisées à travers l’Europe : en France, en Allemagne, en Italie, en Suisse aux Pays Bas.
-Et qu’avez-vous trouvé qui vous satisfasse ?
- Des œuvres de Gustave Doré, Daumier, Grandville, Dürer, Wilhelm Bush … Je rapporte de quoi constituer un véritable trésor documentaire pour les artistes du nouveau studio.
- Vous avez toujours été passionné par les techniques nouvelles… ?
- Comme vous le savez, je me passionne pour l’art et pour les choses de la vie. Pour créer des spectacles cinématographiques qui distraient, génèrent de l’émotion pour le plus grand nombre, il faut rechercher les moyens les plus innovants de créer et de raconter des histoires.

Georges passe ses longs doigts habiles dans sa barbe, le regard interrogateur.
Walt sourit et reprend.
-Ah, je vois que vous voulez en savoir plus… Eh bien, je mets en route la production du premier long métrage américain : Il s’appellera Blanche Neige. C’est une adaptation d’un conte des frères Grimm. J’ai réuni pour cela mes meilleurs artistes, dessinateurs, décorateurs, animateurs. Ceux déjà rompus à mes exigences de créativité et de qualité d’exécution. J’ai aussi complétement réorganisé mes studios, tant sur le plan humain que technique.

Le Cinéma a ceci de spécifique, c’est l'intime relation de l'art et de la technologie.
Il y a autant de créativité artistique que d'innovations et de mises au point techniques. En effet le cinéma n'existe qu'à partir du moment où l'image prend vie projetée sur un écran. Pour créer l'illusion de réalité. L'image prend toute sa dimension lorsqu'après avoir été enregistrée par la caméra et après avoir suivi un certain nombre de traitements chimiques (aujourd'hui numériques), elle est restituée au travers d'un projecteur.
Walt Disney et ses équipes l'ont compris très tôt dans le développement de leurs studios.
Walt se passionne pour les dernières inventions et en fait rechercher aussi de nouvelles. Il sait pertinemment qu'être le premier à mettre au point et à utiliser une technologie lui donnera un avantage concurrentiel sur les autres studios. Il sait que les publics sont en mal de nouveauté. Ils ont soif d’histoires tout autant que du spectacle surprenant des images projetées.

Walt Disney demande à Bill Garity en 1933 d'inventer une caméra qui pourra aider à donner de la profondeur de champs en jouant sur différents niveaux d’une scène. La lumière aussi pourra s'intégrer pour donner différentes perspectives et atmosphères.
Ainsi va naître la caméra MultiPlan.
D'une hauteur de près de cinq mètres cette structure comporte quatre niveaux.
L'utilisation de la MultiPlan offre une réelle impression de trois dimensions.
Les différents éléments d'une scène seront séparés par niveau en fonction du rôle de chacun d'eux. Par exemple, la lune dans un décor sera la plus éloignée par rapport à l'avant plan, donc au niveau le plus bas. Enfin, en avant de ces quatre niveaux se trouve la caméra proprement dite qui,image par image, saisira la scène. Chaque niveau pouvant être bougé indépendamment l'un de l'autre.
La MultiPlan sera utilisée la première fois pour « Le Vieux Moulin » (Silly Symphonies) en 1937 et pour « Blanche Neige et les sept nains » la même année.

Georges semble perplexe.
- Un long métrage d’animation… C’est une entreprise risquée et colossale ! Jusqu’à aujourd’hui seulement deux longs métrages ont été réalisés et le premier c’était en 1917… Vous savez celui de l’Argentin Quirino Cristiani, « El Apostol » dont il ne reste aucune copie. Elles ont brulé dans le coffre de son producteur en 1926…
Puis en 1926 celui de Lotte Reiniger, « Le Prince Ahmed »… qui a été colorisé et réalisé à partir de silhouettes… Lotte avait d’ailleurs créé une sorte de caméra multi plan dans le principe de celui que vous évoquiez…
Walt acquiesce, se redressant. D’un étui à cigarette, il extirpe une Gitane.
- Ca ne vous dérange pas, Georges ?
- Non, point, je prendrai un cigare…Vous fumez des Gitanes ?
- Souvenirs de mes années en France pendant la guerre de quatorze. Ambulancier pour la Croix Rouge, je pris l’habitude de fumer des cigarettes brunes…
Georges lui tend une allumette enflammée.
Les yeux de Walt scintillent. S’éclaircissant la voix, il reprend la conversation.
- Oui, bien sûr, il y a eu ces deux longs métrages. Mais, je fais le pari qu’avec mes artistes et les technologies à notre disposition, nous ferons un chef d’œuvre que les publics de tous âges adoreront.

Dans le parc, les ombres des grands arbres s’allongent. Georges et Walt partagent avec ferveurs leurs souvenirs des débuts de 7ème art, de l’animation, de l’impact des confrontations entre technologies et création artistique.
Les effluves de tabac refroidi se mêlent aux odeurs du feu de bois encore vif.
Walt Disney se lève. Madeleine Méliès, discrète mais attentive, porte le manteau de celui-ci.
Georges accompagne sans empressement son hôte vers la porte. Les rayons du soleil pâlissants irisent les plis du rideau. Un frais vent d’Ouest effiloche quelques longs nuages.
Walt et Georges, chacun ému, s’offrent une chaleureuse accolade…
La portière de la berline blanche se referme. Au travers de la vitre baissée, la main de Walt Disney salue Georges. Quelles pensées traversent leurs esprits ?

Sans en avoir conscience, car ce fut une rencontre, somme toute, naturelle, deux des plus grands noms de la jeune histoire du cinéma venaient, par ces instants, symboliser un passage de relais d’un court passé vers un long futur.

Dimitri Granovsky
Editeur et co-fondateur des Editions Granovsky




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